Octobre 2004
ADSL 2 +, L’AVENIR DE L'INTERNAUTE: TÉLÉSPECTATEUR ?
La réaction de Rafi Haladjian, fondateur d’Ozone
Les différents fournisseurs d’accès ADSL ont récemment annoncé ce qui est présenté comme le « Nouvel Internet », j’ai nommé l’ADSL 2. Il se proclame d’emblée l’Ultra Haut Débit : un Internet de 15 ou 20 Mbs de bande passante avec une voie descendante d’1 Mbs.
Ces annonces sont symptomatiques de l’usure d’un média, d’une industrie, d’un modèle. Lorsqu’on ne trouve plus rien de très nouveau à proposer on s’adonne à la surenchère.
Que nous annonce t-on au juste ? Un débit trois fois supérieur au plus rapide des débits actuels. Mais au fond à quoi cela peut-il bien servir ?
En vérité il me semble trompeur de laisser croire aux utilisateurs qu’ils disposeront de 15 Mbs de débit sur l’Internet. Pour profiter de vos 15 Mbs, il est nécessaire que le contenu auquel vous accédez dispose lui aussi de 15 Mbs de bande passante pour vous répondre. Or, le prix du Mbs au marché de gros, tel qu’il est vendu aux fournisseurs de contenu hébergés est de l’ordre de 100 Euros par Mbs. Un site doit donc mobiliser l’équivalent de 1500 Euros pour servir un utilisateur simultané par mois. Cette équation est économiquement absurde, aucun site ne peut se la permettre. Lorsque vous pratiquez le téléchargement de musique ou de vidéos sur les sites peer-to-peer, il en va de même : vous ne pouvez pas télécharger à 15 Mbs puisque votre alter ego, même s’il dispose d’un accès à « Ultra haut débit » n’a qu’une voie descendante de 1 Mbs. Vous téléchargerez donc au mieux à 1 Mbs.
Par conséquent, ce plus de bande passante ne vous permet guère que de traverser plus rapidement le chemin qui vous sépare de votre FAI. Il ne vous est pas d’une grande utilité une fois franchi le seuil de l’Internet.
Alors à quoi donc va servir ce considérable débit ? Les opérateurs annoncent de nouveaux services révolutionnaires qui laissent perplexe: « Nous allons pouvoir fournir de la vidéo, c'est-à-dire de la télévision. Vous allez pouvoir enregistrer une chaîne tout en en regardant une autre ». Depuis plus d’une dizaine d’années, en tant qu’abonné au câble, je reçois un nombre important de chaînes de télévision et il m’arrive souvent, et je dois le dire, sans encombre, d’enregistrer une émission tout en en regardant une autre.
Il n’y a donc finalement qu’une seule chose à retenir de l’annonce de l’Ultra-haut débit : Noos et les autres cablo-opérateurs vont avoir de nouveaux concurrents. Noos était un opérateur de télévision par câble qui a élargi son offre à l’accès Internet. Les FAI ADSL sont des fournisseurs d’accès Internet qui veulent devenir opérateurs de télévision.
Et alors ?
Mais au-delà de cet aspect anecdotique, l’information ne peut que laisser un peu triste ceux qui, comme moi, ont participé à la construction de l’Internet et ceux qui jusqu’à présent y croient. L’Internet était un réseau révolutionnaire qui a réduit les distances, qui a permis à tout un chacun de pouvoir non seulement accéder à d’énormes contenus mais aussi d’en être le producteur et le distributeur. Il était un phénomène mondial qui a donné lieu à une vague de créativité sans précédent. Constater aujourd’hui que pour d’aucuns l’ambition de l’Internet est la Télé, (ou au mieux un Vidéo Club à domicile) est navrant. L’Internet s’embourgeoise. Quand on est en panne d’idées, quand un modèle s’essouffle, on fait de l’acharnement quantitatif, de la surenchère, et on essaye de puiser dans de vieilles recettes.
Une véritable révolution ne revient pas à faire « plus de la même chose », mais en un bouleversement complet qui change nos modes de vie, notre façon de travailler, qui permet de réinventer la communication, l’entreprise, la formation, la vie quotidienne et qui est susceptible de créer une dynamique de croissance à travers toute l’économie. Les réseaux ont un rôle éminemment social à jouer. Innover pour permettre le téléchargement à l’envi de films Hollywoodiens a un impact social et économique négligeable.
L’ADSL 2 n’est pas une révolution, encore moins l’avenir de l’Internet. Il est en quelque sorte le crépuscule essoufflé du premier Internet, ce minitel mondial.
La véritable révolution ne viendra pas du fait d’apporter de plus en plus de débit en un point donné. Un puits, quelle que soit la quantité d'eau qu'il déverse, reste un puits, c'est-à-dire un endroit vers lequel je dois aller chaque fois que j'ai soif. Aujourd’hui, la véritable révolution est dans le fait d’avoir l’eau courante. Il est plus important d’être connecté partout à haut débit, qu’à certains endroits à « ultra haut débit ». L’accès et le partage de contenus, le besoin de communiquer, le besoin de piloter des applications, ne peuvent pas être circonscrits à un lieu déterminé où la plupart d’entre nous ne passe qu’une petite fraction de son temps.
Le Réseau Pervasif est ce nouvel Internet en cours de construction. A l’instar de l’Internet d’il y a dix ans, il cherche à modifier notre façon de vivre le réseau, à ouvrir la porte à de nouvelles applications, à gommer cette rupture qui existe entre opérateurs fixes et opérateurs mobiles. Un monde boiteux où l’utilisateur dispose d’une part de beaucoup de débit pour très peu cher et d’autre part de misérables débits à des tarifs exorbitants.
Le Réseau Pervasif propose un réseau qui est disponible partout où je suis, chez moi comme à l’extérieur. Un monde dans lequel mes informations, mes contacts, le savoir qui m’est nécessaire, sont toujours à portée de main. Un monde où, fortes de cette ubiquité transparente de la connexion, toutes les industries pourront inventer de nouvelles applications, de nouvelles offres de services et gagneront en efficacité. Un monde enfin où le réseau vient à moi et non pas moi au réseau. Nous ne connecterons plus des lieux, nous connecterons des personnes
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